Mark Yantzi

Reportages

Mark Yantzi était un jeune agent de probation à Elmira, en Ontario, en 1974, quand il a été chargé d’un cas qui mettrait la justice réparatrice sur la carte au Canada. Il s’est retrouvé responsable de deux jeunes délinquants qui avaient commis une série d’actes de vandalisme en ville, provoquant bien des ennuis et des répercussions financières pour les propriétaires touchés. Quand est venu le temps de mettre de l’avant un plan pour les deux individus, Mark a eu l’idée de les amener à rencontrer leurs victimes pour leur présenter des excuses et assumer la responsabilité de leurs gestes. Il s’agissait là d’une idée simple, mais originale.

 

« Je me suis dit qu’il serait bien que ces deux gars puissent rencontrer leurs victimes. J’estimais qu’il pourrait être thérapeutique, pour les délinquants, de constater les répercussions de leurs gestes et, pour les victimes, de constater que les délinquants étaient désolés d’avoir agi ainsi. Le juge m’a donné le feu vert, de sorte que c’est ce que nous avons fait. »

 

Ainsi, Mark et son collègue Dave Worth, un travailleur de soutien de la prison, ont arpenté les rues d’Elmira avec les deux délinquants, qui se sont excusés auprès de leurs victimes et ont écouté ces victimes leur expliquer les préjudices financiers qu’ils leur avaient causés. Dans un cas, un homme leur a appris qu’il s’était procuré un chien pour se sentir en sécurité dans sa maison à nouveau. Un autre a décrit la longue bataille frustrante qu’il a dû entamer contre son assureur en raison de leurs actes de vandalisme. « La plupart des gens nous remerciaient pour le geste », raconte Mark.

 

« Ils étaient très reconnaissants et ont adopté une attitude positive envers les délinquants. Je pense qu’ils ont été surpris que les délinquants soient là pour leur présenter des excuses et les écouter. C’est ainsi que cela a commencé. Nous avons simplement continué à partir de là. »

 

Le « cas Elmira » est le premier cas de justice réparatrice reconnu au Canada. Ce concept était déjà vieux de plusieurs siècles et constituait un pilier de nombreuses cultures qui se concentrent sur la guérison de la communauté après un crime, mais c’était la première fois qu’il était utilisé dans le système correctionnel. Bien qu’il soit clair que le plan de Mark pour ces délinquants représente un jalon important dans l’histoire de la justice réparatrice dans le système de justice pénale, Mark n’en a pas fait un plat. Il ne faisait que son travail.

 

« Avec le recul, nous ne faisions qu’essayer des choses. C’était de l’expérimentation, explique-t-il. Le résultat a été notable, mais à l’époque, nous n’avons vraiment pas imaginé tout le potentiel de cette démarche. J’ai d’abord proposé que tous les agents de probation fassent de même avec leurs clients, mais mon patron m’a répondu : “Non, c’est toi qui vas le faire”. J’ai donc commencé à rassembler un bassin de bénévoles, puis le projet a pris son envol à partir de là. C’est devenu une pratique régulière, que nous appliquons avec les délinquants dans la collectivité. »

 

Au cours des treize dernières années, Mark a travaillé comme médiateur dans le cadre du programme Possibilités de justice réparatrice du Service correctionnel du Canada (SCC). Il a aidé des centaines de victimes et de délinquants à passer à travers leurs propres processus, en servant d’intermédiaire et en s’assurant que les deux parties obtiennent ce dont elles ont besoin et ce qu’elles veulent retirer de l’expérience. Comment y parvient-il? Eh bien, pour lui, c’est simple : il faut écouter et ne pas juger.

 

« Si vous voulez travailler dans ce domaine, vous devez être capable de voir les deux côtés de la médaille, explique-t-il. Vous devez écouter ce que dit la personne et comprendre, à partir de son point de vue, pourquoi elle se sent comme elle se sent et pourquoi elle a fait ce qu’elle a fait. Je ne suis pas là pour juger ou interroger, je suis là pour écouter les personnes. »

 

Au fil des années sur le terrain, Mark a été confronté aux diverses idées préconçues concernant la justice réparatrice. Certains prétendent qu’il s’agit simplement, pour les délinquants, de s’en tirer à bon compte. D’autres croient qu’il s’agit exclusivement d’une histoire de pardon. Mark affirme que ces visions sont carrément fausses. Les processus de justice réparatrice sont profondément personnels, explique-t-il; ils sont différents pour chaque participant.

 

« Tout ne tourne pas autour du pardon. Cela arrive parfois, mais jamais je ne soulève ce point. L’objectif, c’est que les victimes expriment ce qu’elles ont à dire et que les délinquants assument leur responsabilité. C’est énorme, car les victimes se blâment souvent pour ce qui est arrivé à elles ou à leurs proches. Une fois qu’elles entendent qu’elles n’y sont pour rien, un changement majeur se produit et elles s’en trouvent transformées. Elles se sentent comme si on avait enlevé un poids de leurs épaules. »

 

Au fil des années, Mark a travaillé sur une multitude de cas, mais certains l’ont particulièrement marqué. Il y a eu ce père de trois enfants qui avait assassiné sa femme et qui cherchait désespérément à demeurer dans la vie de ses enfants, en leur envoyant d’innombrables lettres qui restaient sans réponse. Il y a aussi eu Susan McDonald, dont la grand-mère avait été agressée sexuellement et laissée pour morte. Il y a eu cette femme qui avait été agressée sexuellement par le petit ami de sa sœur. Il se souvient de toutes ces personnes, qui lui ont chacune appris quelque chose en cours de route. Cependant, à bien y repenser, Mark constate qu’elles avaient généralement une chose en commun.

 

« Dans la plupart des cas, les délinquants ont eux-mêmes été victimes, le plus souvent dans l’enfance. Ils ont subi des préjudices importants, pendant des années cruciales pour leur développement, ce qui les a amenés à verser eux-mêmes dans la délinquance. Pendant toutes les années que j’ai consacrées à ce travail, bien peu des délinquants que j’ai rencontrés m’ont inspiré de la peur. La plupart d’entre eux sont des gens blessés, coincés dans un cycle de violence. »

 

« Je pense que dans bien des cas, la justice réparatrice peut s’avérer un moyen de briser ce cycle, en leur permettant de parler de ce qui leur est arrivé et d’expliquer ce qui les a amenés à faire du mal à d’autres personnes. Il ne s’agit pas de trouver des excuses aux délinquants. Il s’agit plutôt de permettre à un délinquant et à une victime de communiquer et de comprendre ce que l’autre a vécu. »

 

Mark est un expert respecté qui jouit d’une renommée mondiale dans ce domaine, mais le temps est venu pour lui de commencer à tirer sa révérence. Il se dirige progressivement vers la retraite. Il cherche à adopter un rythme plus lent, marqué par moins de déplacements d’un établissement à l’autre. Cette situation est difficile à accepter pour beaucoup de personnes, dont Stacey Alderwick, pour qui il a été un mentor, mais Mark est prêt à passer à une autre étape.Il annonce cependant qu’il ne disparaîtra pas complètement, pour un certain temps du moins.

 

« Je suis toujours en bonne santé et je veux m’engager, dit-il. Je suis encore disposé à travailler avec le SCC d’une manière ou d’une autre. Nous allons voir ce qui arrivera au fur et à mesure, j’imagine. »

 

Nous tous, à Entre Nous Express, tenons à remercier Mark pour avoir accepté de discuter de sa carrière avec nous. Nous lui souhaitons tous une excellente « retraite »!

Date de mise à jour :

Commentaires

jp

awesome story!

love hearing about colleagues like Mark... so inspiring.

thanks!

Mitchell

Inspiring! Thank you so much Mark for sharing, for your all your hard work and for being a wonderful human being.